Le syndrome du sauveur

En tant qu’association, nous avons voulu apporter notre aide à des personnes en difficultés avec leurs émotions.
Nous avons donc pour objectif d’aider les autres à se sentir mieux.

Cependant, il est très important de se poser quelques questions avant de venir spontanément en aide aux autres de façon à éviter des situations problématiques, des impasses, car nous pouvons aussi nous épuiser avec des personnes qui ne souhaitent pas notre aide.

Pour éviter cela, 3 points sont à observer :

  • Est-ce que la personne à qui j’ai à faire m’a demandé de l’aide ? Ainsi, David Ciussi, psycho-gérontologue, raconte que lorsqu’il était jeune, il aperçoit un jour une vieille dame traversant la rue chargée d’un gros sac rempli de courses. Il s’empresse vers elle pour l’aider, prend d’emblée le sac qu’elle porte. La vieille dame commence à crier et à le battre avec sa canne, se croyant victime d’une tentative de vol !

Il est donc plus juste de proposer son aide et de laisser la personne libre de l’accepter ou de la refuser.

  • Lorsqu’une personne s’adresse à nous sans préciser l’objet de son attente, il suffit parfois de poser une simple question pour clarifier son attente, ce qui permet de ne pas se tromper d’objectif. En effet, nous pouvons commencer à donner des conseils alors même que la personne a besoin d’écoute. D’ailleurs, les conseils que l’on donne nous mettent dans un positionnement de « moi je sais » et « toi tu ne sais pas » ce qui est infantilisant et renvoie de façon indirecte l’information que l’autre est un « imbécile ». Aussi, il est bon d’être attentif à ce que la personne attend de nous et si un conseil nous vient à l’esprit, il suffit de demander à notre interlocuteur s’il souhaite ou non recevoir ce conseil. Mais il est encore plus judicieux de lui poser des questions afin que la solution émerge de la personne elle-même, car la solution est toujours en elle et jamais en nous.

Ainsi, combien de fois avons-nous perdu notre temps en voyant précisément ce qu’une personne avait besoin de faire pour sortir d’une situation difficile et le lui dire sans qu’elle ne fasse quoi que ce soit pour en sortir ? Souvent les conseils que nous donnons aux autres, nous sont destinés !

  • D’autre part, en partant d’une bonne intention, faire plaisir, rendre service, apporter notre contribution, voilà parfois que la situation se retourne contre nous, et ainsi nous pouvons très vite basculer dans le cercle infernal « sauveur, victime, bourreau » et nous épuiser. Qu’est-ce que le syndrome du sauveur : c’est celui qui se dit qu’il DOIT aider sans réfléchir et sans savoir prendre en compte ses propres besoins. Et il trouve toujours sur son chemin des victimes qui elles, se disent : FAIT LE A MA PLACE. Quant au bourreau, lui, il n’a aucune émotion empathique, il est froid, calculateur, manipulateur et ne vise pas le bien des autres.

Ses 3 instances existent à l’intérieur de nous via notre cerveau reptilien pour le bourreau – qui vise la survie -, notre cerveau émotionnel pour la victime – qui vise la protection – et notre cerveau mental pour le sauveur – qui vise l’attention de l’autre.
Si nous prenons le temps de réfléchir, chacun d’entre-nous peut trouver un exemple où suite à une aide apportée à quelqu’un la situation a mal tourné.

Exemple : mon voisin vient m’emprunter ma tondeuse à gazon. Sans réfléchir, étant « identifié » à un sauveur, je la lui prête. Le lendemain il me la rend mais elle ne marche plus en effet, le moteur a lâché. N’ayant pas réfléchi, je me retrouve victime de la situation. Si mon voisin n’exprime aucune excuse ni aide pour ce qui arrive, très vite je ressens de la colère, et rapidement je me retrouve dans la peau d’un bourreau !!! Ces 3 positions fonctionnent toujours ensemble dans un cercle vicieux si nous ne prenons pas le temps de la réflexion pour l’éviter.

Si ma tondeuse à gazon tombe en panne après l’avoir prêtée à mon voisin – car elle est un peu vétuste -, comment vais-je vivre cela ? Suis-je prêt à lui prêter et prendre la responsabilité de ce genre d’ennui ou finalement, je préfère ne pas prendre ce risque et l’informer que ma tondeuse est dans un état trop vétuste pour que je puisse la lui prêter ? Je prends le temps d’évaluer la situation et je décide en pleine conscience. Ainsi, après avoir pesé toutes les éventualités, je prends mes responsabilités.

David Ciussi pose un outil concret pour sortir du cercle vicieux et rentrer dans un cercle vertueux.
En tant que sauveur : à qui appartient le problème ?

En tant que victime : à qui appartient l’action et la solution ?

En tant que bourreau : à qui appartient la vengeance ?

Ces questions, lorsque nous nous les posons, créent un espace de réflexion dans lequel nous pouvons sortir de nos automatismes et nous pouvons commencer à réfléchir sereinement.

Autre exemple : une institutrice interpelle une maman et lui dit : il y a un problème, votre enfant est turbulent en classe et il faut que cela cesse ! Si la maman ne réfléchit pas elle va chercher une solution. Mais à qui appartient le problème ? Comment cette maman peut-elle résoudre un problème alors même qu’elle n’est pas présente lorsqu’il se manifeste ? Bien sûr qu’elles peuvent réfléchir ensemble mais l’institutrice ne cherche pas ici à résoudre le problème, elle le donne à la mère.

Notre civilisation judéo-chrétienne ne nous encourage guère à remettre en question ses dogmes : car qui va remettre en question le fait de sauver les autres, les aider, leur apporter assistance ?

Ainsi, nous agissons par automatismes sans nous rendre compte que cela nous porte parfois préjudice et porte aussi préjudice aux autres. Redevenons responsable des conséquences de nos actes et voyons en quoi nous pouvons modifier nos comportements et améliorer nos relations.


>> L’association AOM peut vous aider à sortir de ces mécanismes préjudiciables pour vous et vos proches.